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Qu'est-ce que faire une Leeroy Jenkins ?

En 2005, un paladin gaffeur ruinait le raid de sa guilde World of Warcraft et devenait du même coup une star mineure aux Etats-Unis. Aujourd'hui, retour attachant sur le phénomène Jenkins et sur la vie de son créateur, plus à l'aise dans le virtuel que dans le réel.

Agréable surprise ce week-end en constatant que Westword, Pariscope king size et gratuit favori des Denverites (Denverois ?), consacre presque six pages à la "légende de Leeroy Jenkins", très certainement le plus connu de tous les joueurs de World of Warcraft. En avril 2005, en effet, ce paladin gaffeur se fait connaître via une vidéo désormais célèbre : alors que ses coéquipiers révisent un plan de bataille minutieusement élaboré, LJ se lève soudain et hurle son nom avant de foncer tête baissée dans le nid de dragons voisin, anéantissant le groupe tout entier. Depuis, on a vu Leeroy partout : sur des T-shirts, dans le jeu de cartes à collectionner inspiré du MMORPG de Blizzard, dans le langage américain (to pull a Leeroy, pour "faire une connerie ruinant les efforts de tout le monde") et même dans Jeopardy!, véritable institution du jeu télévisé outre-Atlantique. Et voyez-vous ça ? Ben Schulz, Mr. Jenkins en personne, vit dans le Colorado à Lafayette, une banlieue nichée entre Denver et la ville universitaire de Boulder. Une célébrité locale ! Tout s'explique !

Sur six pages entre enquête et décryptage, donc, le magazine met le phénomène à plat et déniche au passage quelques anecdotes amusantes. Depuis la diffusion de la vidéo, par exemple, Leeroy / Schulz reçoit dans le jeu environ un message personnel de fan toutes les vingt minutes, une célébrité qui exaspère ses co-aventuriers du serveur Laughing Skull, voire même certains des membres de sa guilde. "Tous ces gens se connectent ici uniquement pour discuter avec Leeroy, se plaint l'un d'entre eux, et ceux qui veulent réellement jouer doivent attendre des heures parce que le serveur est plein." Quelques figures intellectuelles tentent d'ailleurs d'expliquer le succès du phénomène au-delà de la simple parodie réussie de la culture geek. Le responsable des collections cinéma et média de l'université de Stanford estime ainsi que la nature impétueuse et maladroite du personnage le rend immédiatement sympathique. "Il y a quelque chose d'universel dans l'histoire du type qui loupe tout comparée à celle du type qui cumule les réussites, avance-t-il. Si vous ne vous intéressez pas [à World of Warcraft], vous vous fichez de savoir si tel ou tel est joueur est particulièrement bon. En revanche, vous pouvez vous identifier à quelqu'un qui rate son coup." Henri Jenkins, professeur au M.I.T., confirme et voit également dans le cas Leeroy la marque d'une société qui, via la télé-réalité et Internet entre autres, créée de plus en plus ses propres success stories. "Pour la première fois, c'est nous qui avons le pouvoir de décider qui sera célèbre, explique-t-il. Et nous choisissons souvent des antihéros ou des losers parce que dans le passé, c'était toujours le succès qui définissait le statut de célébrité. Si Leeroy Jenkins peut devenir une star, alors ça peut arriver à n'importe qui."

Mais c'est en comparant réel et virtuel que l'article jette sur l'affaire son regard le plus intéressant, on proche de La flânerie dans les jeux vidéo. D'un côté, donc, Leeroy, personnage imparfait mais sympathique, idole de tous ceux qui, un jour, ont gaffé – autant dire presque tout le monde. De l'autre, Ben Schulz, personnage visiblement tout aussi sympathique mais dont le quotidien est parsemé de nettement plus de galères. Après neuf mois de recherches d'emploi infructueuses, cet ingénieur électricien de 26 ans a en effet dû accepter un poste de simple réparateur au sein d'une grande compagnie. Et alors que beaucoup ont pu récupérer à leur profit le phénomène Jenkins (y compris Blizzard, qui avoue que Leeroy a "sans aucun doute participé à faire augmenter le nombre d'abonnements"), tous les projets de capitalisation menés par Schulz n'ont, jusqu'à maintenant, mené nulle part. Ce dernier pense désormais à se lancer dans le doublage mais Ben n'est pas Leeroy. "Je ne sais pas ce qui le retient, se demande son frère. C'est peut-être parce qu'il a toujours été prudent et calculateur. Il veut toujours être sûr de faire le bon choix. Il n'est pas du genre à se lancer tête baissée dans quelque chose." D'une étude autour de l'un des évènements culture jeu de 2005, l'article de Westword se transforme donc en un portrait attachant, l'histoire d'un concept qui a fini par dépasser largement son créateur, un clown peut-être plus à l'aise dans le virtuel que dans le réel. "Si Homer Simpson existait, tout le monde le trouverait marrant parce qu'il fait tout foirer, mais personne ne lui offrirait de boulot, estime l'un des amis proches de Ben. C'est tous les inconvénients de la célébrité, mais sans les bénéfices."

La fameuse video de Leeroy Jenkins : https://www.youtube.com/watch?v=mLyOj_QD4a4

 

 

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