Dépassé par la diversité d'expériences que propose désormais le médium, trop enfantin pour gagner la reconnaissance d'un public qui ne le comprend pas toujours, le terme de jeu vidéo "vieillit" disait Michel Ancel, patron d'Ubisoft Montpellier. Le remplacer, peut-être... mais par quoi ?
Il y a quelques jours, au beau milieu d'une interview en roue libre vantant pour la énième fois les mérites (futurs, pour la plupart) de la Playstation 3, Phil Harrison, le directeur des studios Sony Computer Entertainment, s'est soudain fait beaucoup plus sérieux. "Je suis fermement convaincu que l'obstacle le plus important auquel notre industrie a à faire face est le fait d'être appelé 'jeu vidéo', a-t-il déclaré. Or, on attend des jeux qu'ils soient [drôles et légers, un peu comme Guitar Hero ou Gran Turismo 5 ]. Mais les jeux doivent également toucher à la peur, à la comédie et à la mort. Ils doivent toucher au danger et à la drogue."
En fait, le responsable n'a fait que réitérer une question présente dans l'esprit de beaucoup d'acteurs de l'industrie depuis plusieurs mois déjà. En novembre dernier, Doug Lowenstein, ex-président de l'association américaine du logiciel de divertissement (ESA) depuis quelques jours, se faisait l'écho du même sentiment, qualifiant le terme de jeu vidéo "d'une des pires choses" pour le médium. Et en octobre, lors d'une table ronde organisée à la Cité de Sciences de la Villette, Michel Ancel, le créateur de Rayman, confirmait que le terme "vieillit".
Il vieillit parce qu'après avoir démarré comme simple objet de divertissement, avec souvent pour seul objectif le comptage des points et l'escalade du tableau des high scores, le jeu vidéo a évolué. Il continue à divertir, bien sûr, mais il est aussi capable de générer des émotions et de raconter des histoires. Il est parfois porteur d'enseignements ou d'opinions. Il rassemble, parfois jusqu'à plusieurs milliers de joueurs, dans la compétition ou la coopération ; il développe même des économies alternatives comme celle du gold farming (vente de pièces d'or ou po wow pour le jeu World of Warcraft, par exemple) ou les coins pour jouer à FIFA.
autant de définitions que le simple terme de 'jeu vidéo' a de plus en plus de mal à contenir. Mais beaucoup estiment également qu'un changement de nom constituerait une étape nécessaire vers une meilleure acceptation et reconnaissance du loisir auprès d'un public qui ne le comprend pas toujours. Le terme de 'jeu', qu'on le veuille ou non, évoque avant tout une connotation enfantine qui, de toute évidence, n'est plus d'actualité : selon des statistiques de l'ESA, 69% des joueurs sont âgés de 18 ans ou plus. Malgré cela, les diverses croisades engagées par les politiciens de tous pays – comme récemment, lors de l'affaire Rule of Rose – sont invariablement destinées à protéger les chères têtes blondes innocentes d'un jeu qui ne leur est pas destiné.
Evidemment, chacun a son idée. D'après le magazine IGN, Lowenstein aurait ainsi proposé "divertissement interactif" et "logiciel de divertissement". Le second n'est pas trop mal, un peu sérieux, peut-être. Le premier, en revanche, ravive les souvenirs souvent atroces des expériences full motion video du début des années 1990, en plus d'être trop vague : un 'livre dont vous êtes le héros' constitue-t-il un exemple de divertissement interactif ? Le blog IMPROBABLE, de son côté, suggère de faire disparaître toute référence au jeu "au moins en ce qui concerne les logiciels pour adultes", une séparation qui n'est pas sans rappeler le système déjà en place pour catégoriser la production américaine de bande dessinée. D'un côté, les comic books, histoires de super-héros et compagnie, principalement destinés à un public jeune, de l'autre, les graphic novels ou roman graphiques, au contenu généralement plus mûr (à l'instar du fabuleux Jimmy Corrigan de Chris Ware, lauréat de l'Alph-Art du meilleur album au festival d'Angoulême de 2003).
A moins que le plus simple soit encore de ne rien changer ? Après tout, le terme 'jeu vidéo' semble convenir parfaitement à ce que le loisir a à offrir : un set de règles, un objectif, le tout sur un écran de télévision ou un moniteur. Faut-il alors simplement faire preuve de patience ? Le débat est lancé.